Mot-clé - Bissexte

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, mars 2 2020

Clap de fin sur le 29 février 2020

Rocco nous avait prévenu. L'ennemi invisible et puissant était bien là. Le grand Bissexte rôdait, mais il était petit et virulent.

Habituellement, les particularités du 29 février—coincé entre deux zones de vacances scolaires— bénéficiaient d'une large exposition médiatique dans une actualité assoupie. Entre les reportages ineptes ("je suis né un 29 février et ma vie administrative est un enfer", "je ne sais jamais quand fêter mon anniversaire") et les explications scientifico-historiques confuses de cette bizarrerie calendaire, notre mouvement avait trouvé sa place dans une presse avide d'angles originaux.

Mais cette fois-ci, rien, ou presque. Un article dans Moneyvox, deux mentions dans la Voix du Nord les 4 janvier et 24 février, et c'est tout (et encore, ce dernier article réduit le ML29/02 à un sous-groupe facebook de natifs du bissexte).

Pourquoi un tel fiasco ? Une opinion fatiguée par les grèves incessantes ? Un 29-02 férié pas au top des priorités ? Un 49-3 dégainé par le gouvernement le jour J ? Peut-être… Mais surtout, la faute à un coronavirus qui a provoqué une débandade généralisée. Des militants ont été mis en quarantaine par des entrepreneurs opportunistes et déloyaux, d'autres ont appliqué un principe de précaution. Résultat : la manifestation parisienne initiée par la H Gallery a été annulée, et le congrès quadriannuel du Mouvement a été réduit à peau de chagrin. L'interdiction de dépasser la jauge des 5000 participants nous a été fatale.

De mémoire de participants, jamais on avait vu congrès aussi houleux. Profitant de l'absence du gros des troupes, des factions ont noyauté le politburo, et ont obtenu la démission du Lider Minimo. Mais dans un sursaut légitimiste, d'héroïques militants de la première heures se sont levés. Ils ont renversé l'opinion par des discours vibrants. Le Lider a été réélu par acclamations pour un nouveau mandat de 10 bissextes, et les séditieux ont été bannis. Tout est bien qui fini bien, ou presque, puisqu'on continuera malheureusement de bosser le 29.

Hasta la victoria siempre, et à dans 4 ans pour de nouveaux combats (si on résiste au coronavirus et au réchauffement climatique).

Merci à Vincent Burgeon pour son illustration fort à propos.

mercredi, février 12 2020

Le Grand Bissexte

Alors comme ça, l'ennemi puissant tapi dans l'ombre évoqué par Rocco ne serait autre que le Bissexte lui-même ? Quel retournement de perspective…
Mais alors, ne vaut-il pas mieux resté couché ce jour-là, pour éviter toute mauvaise rencontre ? Oui, décidément, le 29 février férié est une mesure de prudence salutaire.

Ce mauvais génie berrichon est évoqué en 1866 par George Sand, dont le fils Maurice a peint l'inquiétant tableau ci-dessus.

Un de mes compatriotes berrichons, M. Laisnel de la Salle, a publié dans ces derniers temps (dans le Moniteur de l'Indre) une série d'excellents articles, qui, réunis en volume, constitueront une histoire spéciale de cette face de la vie rustique et prolétaire : les Traditions, Préjugés, Dictons et Locutions populaires de nos localités. (…) Nous avons trouvé avec plaisir, dans un des chapitres de ce livre, une mention explicative du grand Bissêtre, dont nous avions beaucoup entendu parler sans pouvoir deviner son origine, bien simple cependant. (…) Aux environs de la Châtre, dit notre auteur, le peuple croit qu'une sorte de génie malfaisant (qu'il appelle le grand Bissêtre) préside aux événements qui ont lieu dans les années bissextiles. On dit que, lorsqu'une femme accouche dans l'année où le Bissêtre saute elle met immanquablement au monde une fille ou deux jumeaux, et reste sept ans sans avoir d'enfants.

 

«À Dijon, en ces sortes d'années,» dit la Monnoye, «le vulgaire pense que Bissêtre cor (court), et qu'ainsi on ne doit rien entreprendre d'important.»

«Bissêtre est donc un vieux mot dérivé de Bissexte, et était synonyme de malheur, infortune.

«Pour ce que Bissextre eschiet, L'an en sera tout desbauchiet.» (Molinet. - Le Calendrier.)

«Cette année était bissextile, et le Bissexte tomba de fait sur les traîtres.» (Orderic Vital, lib. XIII.)

«La mauvaise influence de l'année bissextile était proverbiale au moyen âge. Cette superstition remonte aux Romains. - Voyez Macrobe.» (Génin, Lexique comparé.)

«Bissêtre signifie aussi, dans notre patois, enfant vif et turbulent, enfant terrible.»

Dans certaines campagnes, le Bissêtre, et c'est ce qui nous avait empêché de songer à l'année bissextile, n'est pas obligé de courir à certaines époques. Il court les champs, les étangs, les marécages, d'où il fait sortir les pestilences et mauvaises fièvres.