L’arbre qui cache la forêt


Arbre qui cache la forêt, arlésienne du calendrier des Pompiers, fin de mois plus bissextile que difficile, le 29 Février est à n’en pas douter une noble cause. Sans lui, la terre aurait depuis longtemps perdu le cours de ses saisons et nous serions sans doute en train de fêter Noël au balcon ou, pire encore, Pâques aux Tisons.

Cette présence aussi salvatrice qu’incongrue réconcilie les tenants d’un monde cartésien, où deux et deux font sans conteste quatre, et les autres qui, dans leur infinie sagesse, savent fort bien que cela fait – environs – 4,0076891. Ajoutez une longue suite de quatre et vous comprenez bien que vous finirez par ne plus obtenir le même chiffre que si vous ajoutiez le même nombre de deux fois deux. Je sais, c’est ardu mais ainsi.

Bref, ce n’est pas faire offense au 29 Février que de mettre en exergue son côté bouche trou. Certains d’être nous sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, d’autres ont vu une myriade de fées se pencher sur leur berceau, d’autres enfin sont nés un 29 Février.

Ceux là, injustement condamnés à se croire éternellement quatre fois plus jeunes que les autres, meurent simplement quatre fois plus vite, après avoir reçu quatre fois moins de cadeaux.

Mais une autre injustice, plus insidieuse encore me soulève le cœur : pendant que l’on se gausse de l’étrange périodicité d’un jour qui fait son malin par intermittence, on passe sans aucun doute à côté du véritable problème. Où sont en effet passés les 30 et 31 Février ? Quid de leur périodicité ?

Quand on dit adieu à un 29 Février, c’est pour quatre ans. Mais quand reviendra le prochain 31 Février ?.. Là dessus, les savants – cartésiens ou non, adeptes du deux fois deux ou du quatre et des broutilles – se taisent obstinément. Imaginons un instant que le besoin d’un 30 Février soit de un tous les mille deux cent cinquante trois ans, et celui d’un 31 Février de un tous les trois millions neuf cent vingt trois mille cinq cent deux ans. Il est indéniable que les malheureux qui naissent ces jours là ne sont pas près de souffler leur première bougie.

En conséquence, je demande instamment que l’on cesse de se pâmer sur un 29 qui a finalement une assez belle vie, préservée par sa rareté même de toute banalité, pour se pencher enfin sur les deux véritables dindons de la farce Févriesque : Le 30 et le 31 Février.

Si quelqu’un a la date de leur prochain passage, pensez aux bougies, j’apporte le gâteau…