(Un grand nombre de filles à couettes s’évanouissent. On brise les fenêtres. Des gros s’étranglent et se roulent par terre, des fonctionnaires fuient par les vasistas des toilettes)

-A part ça tout va très bien ! L’existence est ronde et douce comme une mangue parfumée, bonne année !
-Ouuuuuuuuuhhhhhhhhh !!!!!!!

(Des jets de salive et divers objets, chaises, bancs, lampadaires halogènes, plateaux de truite fumée, pleuvent sur l’orateur. Grâce à la force de son mental, qui commande à ses jarrets, il disparaît dans les coulisses en sautant par bonds hardis, dans un battement d’oreilles bleues en tissus éponge)

-hop ! hop ! hop !

(Le couple vedette arrive sur scène. Il s’agit de Brad Pitt, déguisé en saucisse-frites, et d’Angelina Jolie habillée en cosmonaute). Brad Pitt s’avance au devant de la scène et, grâce à ses dons innés, fait un numéro de magie. Il se réincarne en Robert Redford, en Clint Eastwood, en Georges Clooney, puis reprend son apparence coutumière)

-Et hop !
-Aaaaaaaahh !

(Des femmes ayant leurs comptes bancaires à la Poste rosissent, d’autres sont brunes et jolies, leurs fontanelles crâniennes exultent d’invisibles nuages d’amour pailleté. Brad Pitt prend la parole)

-L’univers est un barbecue ! Après 2006 l’année des saucisses, 2007 l’année des côtelettes, 2008 l’année des frites ! Bonne année !

(Des prothèses dentaires tachées de rouge à lèvre tombent sur scène. Des couples se roulent sous les tables, des chips aux crevettes volent, puis retombent)

-Bravo ! Bravo !

(Angelina Jolie avance. La bulle de son scaphandre est une grosse boule à neige qui reproduit le site d’Angkor, avec ses temples et sa jungle. De minuscules bonzes en robes oranges rentrent et sortent en chantant des trous de ses narines et de ses oreilles, qui forment  des grottes naturelles, pour certaines  poilues.)

-Youpiiiii !
-N’oublions pas de faire le bien et d’aimer les animaux aquatiques ! Je dis pour nos amis Les amis de l’alcool de Francheville : 2008 l’année de la cuite ! Et pour Les enfants de la drogue de Champagne au Mont d’or : 2008 l’année du shit ! Bonne année !
-Yeahhhh !!!

(Elle fait un geste de l’auréculaire en direction de Brad Pitt, qui a une montée de sève printanière. Il se précipite sur elle et s’assomme en heurtant violemment son scaphandre avec ses lèvres avec une pulsion de répétition frénétique)

-Boom! Boom! Boom! Boom! Boom! Boom!
-Yaaooohhhh!!!!
-Bonsoir, bonne année! Les poissons vous aiment !
-Ma crevette ! Boom ! Ma crevette ! Boom ! Ma crevette ! Boom !

(Ils s’en vont, le costume de Brad Pitt perd des frites, des rondelles d’oignons et du ketchup de partout. C’est très sale. Deux femmes de ménage avec des postiches de Frank Zappa et des casques de viking nettoient la scène avec des brosses de bain, leur chorégraphie est une création de Richard Wagner jeune)

-Tra ! La ! La !

(Le dernier orateur arrive en volant dans un traîneau tiré par des dauphins avec des bois de rennes. Il se pose sur la scène. Son visage échappe à toute description)

-Bonsoir !
-Ooohh !

(Déployant les énergies de son psychisme, il regazifie des coupes de champagne éventé sur les tables du fond à sa gauche, et crée des galaxies grandeur nature à sa droite. Puis il commence une sorte de danse de Shiva sur un rythme disco. Par d’habiles gestes, il fait apparaître des multinationales pétrolifères, des chaînes d’hôtels de luxe, un défilé militaire nord coréen…On voit des étudiants dans des mansardes lisant Marx, des peintres impressionnistes mangeant des sandwichs au jambon entre deux coups de brosse habiles, Nietzsche essayant en vain de nouer  ses lacets, un imbécile comprenant Einstein sur une balançoire écaillée…)

-Ah ! Ah ! Ah !

(Des torrents de larmes de rires coulent dans les allées, le plancher gondole)

-Oh ! Oh ! Oh !

(La danse s’achève sur un rythme tahitien. On entend le vieil hymne de l’ORTF joué par Neil Young à la flûte)

-pom ! pom ! pom !

(Dans un dernier geste, le dernier orateur supprime la réalité dans sa totalité. Tout disparaît)


(Dans le vide blanc immaculé et vierge, apparaît Peter Falk jouant le lieutenant Columbo. Son imperméable est rouge avec de gros points noirs. Il a des antennes de coccinelles en fil de fer entortillées de papier crépon noir)

-Bonsoir ! Il y a un détail qui me turlupine, euh….

(Il fait mine de s’en aller, se retourne en levant la main brusquement, allume son cigare et tire une bouffée, et sort un calepin. Il cherche une page, et lit)
-Ah oui ! Comme disait ma femme, vivement 2012, l’année des bizouzes !

(Il déploie des ailes de coccinelles et s’envole, puis disparaît. On l’entend rire bêtement)

-Euh ! Euh ! Euh ! Euh !

Thomas Lovy, le 29/02/2008
thomas.lovy@neuf.fr